Jean-Yves Aurégan

En 1979, du haut de ses 12 ans, Jean-Yves Aurégan a déjà visité les plus grands musées d’Europe, dans de grandes virées estivales familiales. Son père Alain Aurégan est peintre. A la maison, ses parents et leurs amis se passionnent et se querellent autour d’un tel, peintre ou sculpteur, lors de dîners heureux et agités. Il assiste enthousiaste aux polémiques et chicanes qui fatalement résonnent en lui.
Sa vocation de peintre est motivée, accélérée par d’autres facteurs irritants : surlignons en particulier les heures interminables, stériles, infécondes au collège puis au lycée.   Il dit que l’école ne ressemble à rien !  Un calvaire !
Les dés sont jetés : il entre à l’Ecole Régionale des  Beaux Arts de Rennes en 1986 jusqu’à l’obtention de son diplôme en 1991.
En 1989 il décide d’occuper nuit et jour le rez-de-chaussée et le  premier étage d’une grande et ancienne bâtisse rennaise. Le  cocon est vétuste et spartiate, mais il est chez lui !  Dans son quartier, sur les trottoirs, il  rencontre souvent des promeneurs curieux, résidents de l’hôpital psychiatrique voisin, en face de son l’atelier. Certains oseront même se glisser par la porte entrebâillée, attirés par l’Aurégan qui peint et gesticule en hurlant avec Peter (Gabriel).
Aux Beaux Arts  à Rennes  il est pressé, oppressé, le climat n’est pas à la peinture. En 1990 Jean-Yves Aurégan s'installe à mi-temps à Paris  afin de  procurer un vecteur dense à son impatience.
Des "Torrents" monumentaux recouvrent les toiles. Il incline à  y  noyer son impuissance à signifier le corps humain, un mode qui l’obsède. Pourtant la série des "Torrents" le hantera. Les toiles nous livrent des espaces apparemment sans corps, le sujet s’efface laissant place à des espaces presque blancs néanmoins tactiles et envoûtants.
Nonobstant, chaque série se fond dans la suivante et donne naissance à une production latente et "fusionnée". Peu à peu le corps humain revient, dans l’image du "Bœuf Ecorché" d'après Rembrandt. Le corps humain ressurgit,  manifeste. Inlassablement inscrit en filigrane, apologie obsessionnelle.
Il se rend avec Hugo Gayrard, son ami photographe dans les abattoirs de la Villette ; ensemble ils guettent les livreurs et se postent devant les frigos roulant pour figer la réalité de ces chairs entières, crues, dépecées, crochées, sans vie.
Jean-Yves revient enfin à la forme, au sujet du corps. En 1994 il peint ses Bœufs écorchés et autres bestioles préludes au corps humain.
D’ailleurs la bête figure aussi au côté d’une femme muette. D’aucun  y discerneront une symbolique certaine ; peu importe, son sujet est là ! Bœufs, corps humains. Cette production libère une série de corps lascifs, immobiles, de couples, de portraits. Dans cette mêlée, Jean-Yves projette "profusionne".
Il reprend son souffle dans des séries de paysages. Il est dans les Corbières où il  fait de nombreux séjours. Hôte conquis et béat du domaine viticole, le  Château Haut-Gléon, il respire et transpire dans des courses à pied salutaires sous un soleil cuisant. Son crâne devient œuf !  L’été ses journées sont ponctuées par l’écoute religieuse du tour de France à la radio. A l'ombre des cyprès il enchaîne des paysages vigoureux, enveloppants, pieds de nez aux bœufs.  Jean-Yves décrispe la chair des "Bœufs", sa chair. Il respire, il cuit et se laisse absorber par le vin.
Lorsqu’il rentre à Paris il se mesure à ses "Médée", sa Médée, celle de la toison d’or, une longue série monumentale et signifiante que Jean-Yves commence à dévoiler au tout début des années 2000 ; une série entrecoupée de figures de couples, de femmes étendues. Son couple, sa femme. Dans cet intervalle, les  "Bœufs aux Femmes",  spasmes grandioses, ressurgissent.
A cette époque il s'installe avec femme et enfant à naître, en Sancerrois au coeur des vignes, à 2 heures de Paris.
Plus récemment, la figure de "Bethsabée" selon Rembrandt, femme du Roi David et future mère de Salomon s'impose à Jean-Yves Aurégan. Dans le même temps, séduit par les lilas buissonnant dans son jardin, il parvient à entoiler le végétal après avoir échoué devant les paysage, qui le tourmentaient depuis son installation à Crézancy-en-Sancerre.  Enfant il avait été profondément troublé par les oeuvres de Vincent Van-Gogh. Croyant l'avoir reléguée, son ombre réapparaît vive et forte. Libéré, Jean-Yves entreprend des paysages  "débrimés"  dans la  série "Le Chemin ocre-rouge.

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